La Sociocratie pour les nuls !

La Sociocratie pour les nuls !

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La Sociocratie repose sur 4 règles principales que j’ai présentées dans un précédent billet : (1) les cercles ; (2) la prise de décision par consentement ; (2) le double lien ; (3) l’élection sans candidat.

Il est, de mon point de vue, difficile de comprendre en quoi ce mode de gouvernance constitue l’une des alternatives les plus prometteuses au modèle hiérarchique traditionnel si on ne revient pas aux principes, issus de la cybernétique, dans lesquels ces règles sont ancrées.

Gerard Endenburg, le père du modèle sociocratique, utilise deux exemples très pédagogiques pour éclairer ces principes : le chauffage et le cycliste.

Tous les composants sont indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble

Un chauffage central est composé d’une chaudière qui produit de la chaleur en chauffant de l’eau et d’un thermostat qui, lui-même, regroupe deux éléments : un thermomètre qui mesure la température ambiante et un régulateur qui augmente ou diminue la quantité de chaleur produite en fonction de la température désirée.

Dans le schéma ci-dessous, « a » est le régulateur, « b » est la chaudière et « c » le thermomètre. Seul un processus circulaire entre eux permet de garder la température ambiante au niveau de la température désirée. Pour qu’un système puisse atteindre un objectif en s’adaptant aux évolutions de son environnement, dans notre exemple la température à laquelle la chaudière doit chauffer l’eau en fonction à la fois de la température désirée et des évolutions de la température ambiante, le processus suivant doit être rendu possible :

  • « a » fixe un objectif à « b » ;
  • « b » effectue un travail ;
  • « c »mesure le résultat obtenu par « b » et le transmet à « a » ;
  • « a » évalue le résultat produit au regard de l’objectif fixé et, en fonction de l’écart constaté, modifie l’objectif fixé à « b » ;
  • Etc…

schema52

Si l’un des composants « a », « b » ou « c » ne joue pas pleinement son rôle, alors c’est l’ensemble du système qui ne fonctionne pas correctement, et l’objectif n’a aucune chance d’être atteint.

La ligne droite n’est pas une option réaliste

Si un cycliste veut se rendre d’un point A à un point B et qu’il ne peut suivre qu’une ligne droite parce que son guidon est fixe, il a peu de chance de garder son équilibre sur le vélo et, donc, d’arriver à destination.

Pour à la fois se rendre au point B et garder son équilibre, le cycliste ne peut pas aller tout droit. Il doit pouvoir utiliser son guidon pour osciller de part et d’autre de la ligne droite. S’il roule sur de la terre battue et qu’il se retourne pour regarder sa trace, il verra quelque chose qui ressemble au schéma ci-dessous.

schema50

Il poursuit en fait deux objectifs simultanément : (1) se rendre du point A au point B et (2) garder son équilibre sur le vélo. Pour cela, il doit pouvoir réaliser une succession d’oscillations d’angles (x) supérieurs à zéro (sans quoi il perd son équilibre) et inférieurs à 90° (sans quoi il change de direction et ne se rendra pas au point B).

schema51

Un des principes fondamentaux de la Sociocratie est le suivant : faire plus avec « plus ou moins » ! Le meilleur moyen de se déplacer n’est pas de tracer précisément le trajet entre les points A et B, mais de le définir seulement « plus ou moins » et de laisser au conducteur la possibilité de dévier de la norme pour suivre la route la plus adaptée.

Les cercles, la décision par consentement et le double lien

La Sociocratie est un mode de gouvernance particulièrement pertinent pour les modèles organisationnels, comme la Team-Based Organization, qui visent plus l’adaptation que la reproduction, comme le modèle hiérarchique traditionnel. Des organisations plus organiques que mécaniques, capables de construire des équilibres dynamiques en mettant en œuvre ces principes issus de la cybernétique. Comment ?

D’abord, chaque unité de base, l’équipe dans la Team-Based Organization, doit être appréhendée comme un cercle (1ère règle de la Sociocratie) et, donc, regrouper les conditions de son propre fonctionnement : « a » fixe les objectifs, « b » réalise le travail et « c » mesure les résultats obtenus.

Par ailleurs, dans un environnement instable, à l’image de la chaudière, du thermomètre et du régulateur du chauffage central, chacun de ces composants doit pouvoir correctement jouer son rôle pour que le cercle atteigne ses objectifs. Du coup, à l’image du cycliste, chaque membre d’un cercle doit pouvoir s’écarter de la norme. C’est la raison pour laquelle, l’ensemble des décisions qui impactent le contenu et les conditions d’exercice de leur rôle doivent être prise par consentement (2ème règle de la Sociocratie). Les objections que chacun des membres du cercle sont en droit d’émettre leur donnent la possibilité de trouver leur propre chemin, celui qui leur permet de jouer correctement leur rôle, dans le cadre de limites acceptables et acceptées par les autres membres.

Enfin, les organisations sont trop grandes pour être constituées d’un seul cercle. Elles doivent alors être pensées comme une mosaïque de cercles enchevêtrés les uns aux autres et, surtout, entre lesquels le processus circulaire, indispensable à l’obtention d’un équilibre dynamique, continue à fonctionner. D’où le principe du double lien entre les cercles (3ème règle de la Sociocratie) !

schema53

Le schéma ci-dessus montre deux cercles qui travaillent ensemble et qui sont reliés l’un à l’autre par un double lien. Le premier transmet des informations du composant opérationnel « b’ » du cercle de rang supérieur vers le composant régulateur « a » du cercle de rang inférieur. Le second transmet un feedback du composant évaluateur « c » du cercle de rang inférieur vers le cercle de rang supérieur.

En pratique, cela veut dire que :

  • l’un des composants « a », « b » ou « c », celui qui est choisi dans le cadre d’une élection sans candidat (4ème règle de la Sociocratie), doit pouvoir représenter le cercle de rang inférieur comme composant évaluateur « c’ » du cercle de rang supérieur ;
  • le composant opérationnel « b’ » du cercle de rang supérieur constitue le composant régulateur « a » du cercle de rang inférieur.

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