Ce que structure matricielle veut dire

Ce que structure matricielle veut dire

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La structure hybride, décrite dans un billet précédent, est multidimensionnelle, mais hyper-centralisée. Elle ne répond ainsi qu’à un des deux défis organisationnels que les entreprises doivent relever pour faire face à la complexification de leur environnement.  Ce n’est pas le cas de la structure matricielle qui, en théorie au moins, est à la fois multidimensionnelle et décentralisée. Explications !

Des logiques organisationnelles qui se croisent

La structure matricielle est multidimensionnelle : plusieurs logiques organisationnelles cohabitent au même niveau hiérarchique. Mais, contrairement à la structure hybride, elle ne se contente pas de les juxtaposer, elle les croise.

Ce faisant, la structure matricielle rompt avec le fameux principe de l’unicité hiérarchique, énoncé par Henri Fayol, il y a plus d’un siècle. Une structure est matricielle dès que les personnes qui composent l’organisation ont plus d’un seul chef.

Dans le cas d’une structure à deux dimensions, comme l’exemple de cette entreprise d’aéronautique, il y a une dimension verticale (issue d’une logique fonctionnelle) et une dimension horizontale (les programmes d’avions issus d’une logique par produits). Mais la matrice peut avoir plus de deux versants, c’est-à-dire que plus de deux logiques organisationnelles différentes peuvent se superposer au même niveau hiérarchique.

Du global au local

Une organisation adopte une structure matricielle parce qu’elle poursuit plusieurs objectifs stratégiques simultanément, des objectifs entre lesquels elle ne peut pas ou ne veut pas choisir. Les objectifs stratégiques, portés chacun par un versant différent de la matrice, sont contradictoires entre eux et sont l’expression d’un paradoxe que l’organisation n’a pas pu résoudre au niveau global.

Elle fait alors le pari que ce paradoxe sera résolu plus facilement sur le « terrain » par les unités opérationnelles, confrontées à des sous-environnements de nature différente, dans l’action. Elle déplace la résolution du paradoxe du niveau global au niveau local. Elle fait le pari de l’intelligence contextuelle et situationnelle des unités opérationnelles.

Par construction donc, une structure matricielle est décentralisée. On fait le pari que les nœuds de la matrice, c’est-à-dire les unités ou personnes situées aux intersections de logiques organisationnelles différentes sont les mieux placés pour résoudre localement, au cas par cas selon les situations, le paradoxe que l’entreprise n’a pas pu trancher au niveau global.

1 COMMENT

  1. Ma réponse à un commentaire sur cet article publié dans un réseau social : http://www.linkedin.com/groupAnswers?viewQuestionAndAnswers=&discussionID=164475044&gid=48599&commentID=96858910&goback=%2Enmp_*1_*1_*1_*1_*1_*1_*1_*1_*1&trk=NUS_DIG_DISC_Q-ucg_mr#commentID_96858910

    “Une entreprise adopte une structure matricielle quand elle poursuit plusieurs objectifs stratégiques qu’elle ne peut/veut pas hiérarchiser. Ces objectifs sont nécessairement à la fois complémentaires et, pour partie au moins, contradictoires.
    Chaque versant de la matrice est alors porteur d’un objectif stratégique différent. Le pari de la structure matricielle est donc le suivant : les noeuds de la matrice, à l’intersection de ses différentes dimensions, sont les mieux placés pour faire des arbitrages locaux, de manière variable selon les contextes et les moments, entre les objectifs stratégiques que l’entreprise n’a pas pu/voulu hiérarchiser au niveau global et de manière définitive.
    Du coup, je confirme : la structure matricielle est nécessairement décentralisée. Sinon, elle n’est pas. Pourquoi ? Tout simplement parce que les noeuds doivent pouvoir prendre les décisions leur permettant de faire des arbitrages locaux.
    Je vous rejoins en revanche sur un point Didier. Dans sa mise en oeuvre, la structure matricielle perd souvent son esprit et la décentralisation se traduit, dans les faits, par plusieurs co–centralisations, autant qu’il y a de versants à la matrice. De mon point de vue, on n’est plus là dans une structure matricielle, mais dans une structure que j’appelle “millefeuille” : on a juste empilé des structures mono-dimensionnelles verticales les unes sur les autres, puis on a effectué une rotation (comme dans Powerpoint avec certaines figures) pour rendre horizontales certaines des couches verticales.
    Que se passe-t-il, alors ? On reproduit en grandeur réduite au niveau des intersections les contradictions entre lesquelles on n’a pas voulu trancher au niveau global. Ce faisant, on met les noeuds de la pseudo-matrice (et surtout leurs membres, c’est-à-dire les managers et leurs collaborateurs) face à des injonctions paradoxales toute la journée. Et cela produit les effets que vous décrivez très bien Didier.”

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