Organisation : la logique fonctionnelle

Organisation : la logique fonctionnelle

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Une organisation résulte de deux processus : la division du travail d’une part, la coordination des activités d’autre part. Ce faisant, il existe deux grandes logiques organisationnelles chacune caractérisées par un critère de division du travail différent : la logique fonctionnelle et la logique divisionnelle. Ce billet est consacré à la première, un autre suivra sur la seconde.

La fonction comme critère de division du travail

Dans la logique fonctionnelle, on regroupe dans une même unité organisationnelle (et, du même coup, on différencie les unités les unes des autres) les personnes qui font la même chose, qui remplissent la même fonction, qui exercent les mêmes activités.

Par exemple, une entreprise qui développe, fabrique et commercialise trois catégories de produits (A, B et C) s’organise selon la logique fonctionnelle si elle crée une direction du développement (dans laquelle sont réunies les personnes en charge du développement des produits A, B et C), une direction des fabrication et une direction commerciale.

Cette entreprise industrielle d’une centaine de personnes, qui produit des enveloppes de mise sous pli automatique et des sacs à soufflets, est organisée selon la logique fonctionnelle : la production d’un côté, directement rattachée au directeur général (ce qui témoigne de l’importance qu’elle accorde à cette fonction), le commercial et l’administration de l’autre sous la direction d’une directrice générale adjointe.

Des avantages et des inconvénients

La logique organisationnelle fonctionnelle permet les économies d’échelle (en production, mais pas seulement), réduit la duplication des fonctions, autorise une plus grande spécialisation technique et, enfin, favorise le développement de l’expertise et le partage des connaissances « techniques ».

En revanche, elle interdit la responsabilité globale (par exemple, dans le cas de l’entreprise présentée ci-dessus, seul le directeur général est responsable du compte d’exploitation). La logique fonctionnelle casse les processus « business » et ralentit les processus de décision (les personnes participant aux mêmes processus ne communiquent entre elles ni naturellement ni facilement).

Dans quels contextes la logique fonctionnelle est-elle pertinente ?

Selon le bon vieux principe de la contingence, aucune des deux logiques organisationnelles (fonctionnelle ou divisionnelle) n’est, dans l’absolu, meilleure que l’autre. Leur pertinence dépend des caractéristiques de la situation dans laquelle on se trouve. Dans quels contextes est-il donc le plus judicieux de recourir à la logique fonctionnelle ?

La logique fonctionnelle est avantageuse pour les entreprises (ou unités organisationnelles, c’est-à-dire sous-parties d’une entreprise ou d’une organisation) :

  • de petites tailles, mais surtout mono-activité (ce qui explique que la majorité des PME soient organisées de manière fonctionnelle) ;
  • qui cherchent à faire des économies d’échelle, notamment pour diminuer leurs coûts unitaires de production à travers des effets d’apprentissage quand les coûts sont au cœur de leur avantage concurrentiel (sur des marchés dit de volume, par exemple) ;
  • qui ont un important besoin d’expertise dans certaines fonctions (sur des niches ou sur des marchés où les barrières à l’entrée techniques sont très importantes) ;
  • dont les cycles de vie et de développement des produits sont suffisamment longs pour que le ralentissement des processus de décision structurellement généré par la logique fonctionnelle ne soit pas un handicap rédhibitoire, notamment au niveau du Time-to-Market.

Des attentes managériales spécifiques

Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, les organisations purement fonctionnelles sont rares. En revanche, dans la plupart des structures, il y a une part fonctionnelle. Comme je le précisais dans un billet précédent, les managers gagnent beaucoup à savoir la repérer parce que les attentes à leur égard et la manière dont leur performance est évaluée ne sont pas les mêmes que dans la logique divisionnelle aujourd’hui plus courante.

En effet, la logique divisionnelle permet d’affecter la responsabilité d’un résultat à une seule et même personne. Ce résultat, mesuré à l’aune d’un objectif, est au cœur de ce que les managers doivent produire. Dans la logique fonctionnelle, en revanche, les responsabilités sont éclatées. Du coup, la performance ne peut pas se mesurer à partir des seuls résultats produits. L’expertise technique, le mérite (c’est-à-dire les efforts fournis), la capacité à coopérer en transversal (la bonne volonté, donc !),… sont des critères qui seront plus couramment utiliser pour évaluer les managers.

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