Changement : logique directive et logique participative

Changement : logique directive et logique participative

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Je parle ici volontairement de logiques et non de démarches de changement. Pourquoi ? Dans la « vraie vie », une démarche de changement comporte toujours certains aspects directifs et d’autres participatifs. Elle n’est jamais complètement l’un ou entièrement l’autre. Une démarche de changement est donc un mix de ces logiques qui doivent être appréhendées comme les deux extrêmes d’un spectre. Une logique de changement est ce que Max Weber appelait un idéal-type, c’est-à-dire un modèle qui n’existe pas à l’état pur dans la « vraie vie », mais qui permet de mieux appréhender et comprendre la réalité. En cela, il est intéressant de bien comprendre la nature de ces deux logiques pour être capable de les utiliser à bon escient aux moments opportuns.

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La logique directive

Dans la logique directive, un dirigeant, ou un petit groupe de dirigeants, prend conscience que A (la situation que l’on va quitter) n’est plus adaptée au contexte stratégique de l’entreprise et qu’il faut en changer. Il s’enferme dans le « silence de son cabinet » et, éventuellement avec un nombre restreint « d’experts » autorisés, conçoit B (la cible organisationnelle qu’on souhaite atteindre), puis précise la nouvelle organisation jusque dans ses moindres détails. Une fois B complètement déterminée, il se préoccupe de C, la transition, qui se réduit le plus souvent à des actions d’information et de formation. La chronologie du changement est A, B et C.

La logique directive consiste à définir un nouveau cadre organisationnel sans consulter ceux qui vont « l’habiter ». Une fois la conception terminée, on informe et on explique (contrairement à ce qu’on croît fréquemment, la pédagogie relève beaucoup plus de la logique directive que participative), puis on forme au sens de « formater », c’est-à-dire de conformer au nouveau modèle.

Les parties prenantes au changement, qu’on cherche à faire entrer dans un nouveau moule, ont alors deux possibilités. La première consiste à rester passif, soit en se soumettant et en obéissant docilement, soit en étant spectateur du changement : j’assiste à un changement dans lequel je ne joue aucun rôle et, éventuellement, je commente et je critique.

La seconde consiste à adopter un comportement actif, c’est-à-dire à décider de jouer un rôle dans le changement. Dans ce cas, les acteurs mobilisent leur énergie nécessairement contre le changement par de l’opposition et/ou de la résistance. B est complètement défini, on cherche à m’y faire entrer, parfois aux « forceps » ou au « chausse pied ». Si je suis actif, la seule possibilité qui s’offre à moi consiste à essayer de déformer B, de transformer la cible en un B’ ou B’’ qui m’est moins défavorable compte tenu de la nature de mes enjeux. Du coup, quand elle ne produit pas de la passivité, la logique directive crée nécessairement de la résistance ou de l’opposition en fonction du degré d’influence des parties prenantes au changement.

La logique participative

La chronologie de la logique participative est différente. Un dirigeant ou un groupe de dirigeants prend conscience que A n’est plus adaptée au contexte stratégique de l’entreprise et qu’il faut en changer. Mais, contrairement à la logique directive, il va s’assurer que les autres parties prenantes au changement ont également bien pris conscience de la nécessité et/ou de l’intérêt de changer en organisant de manière volontariste la phase de dégel du processus de transition. Si c’est le cas, il va mettre en place un dispositif d’association à travers des instances, notamment des groupes de travail, permettant une large participation de laquelle B va émerger.

Dans la logique participative, B n’est pas conçu a priori, B résulte de C. La chronologie du changement n’est plus A, B et C comme dans la logique directive, mais A, C et B.

Dans la logique directive, changement et transition sont pensés de manière séquentielle : le changement précède la transition qui se réduit à de l’information et à de la formation. Dans la logique participative, changement et transition se déroulent en parallèle de manière étroitement imbriquée. L’un alimente l’autre, et réciproquement !

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