Le smartphone : meilleur ami ou pire ennemi des managers ?

Le smartphone : meilleur ami ou pire ennemi des managers ?

3273
8
SHARE
Startup Stock Photos

Les smartphones sont extraordinaires. On peut prendre connaissance de ses mails, y répondre, surfer sur internet pour chercher une information ou gérer ses relations sur les réseaux sociaux, accéder à ses fichiers (pour peu qu’ils soient quelque part dans les nuages – le cloud computing),… Bref, on peut faire beaucoup de choses, même téléphoner !

Autant de fonctionnalités qui facilitent grandement la vie des managers, surtout les nomades. Joignables où qu’ils soient et à n’importe quelle heure de la journée, ils peuvent interagir, donc rester dans l’action en temps réel tout en étant autre part. Mais ces merveilleux outils de communication ne présentent-ils que des avantages pour les managers ? Je n’en suis pas si certain.

Accélération

Les évolutions technologiques et l’intensité concurrentielle sur des marchés globalisés se traduisent, entre autres, par une accélération du temps pour les managers. La durée de vie des produits se réduit, une version chassant l’autre à un rythme toujours plus soutenu. Cela amène certains à dire que le changement est permanent (un oxymore ?). Par ailleurs, l’activité est continue (le travail est commencé à un bout de la planète et terminé à l’autre bout, puis recommencé à…), la mondialisation ayant permis de faire passer une journée de 7 à 24 heures.

Le smartphone apporte largement sa pierre à l’édifice de cette accélération. Non seulement il permet aux managers de réagir en temps réel par oral ou par écrit où qu’ils soient, mais quand ils ne le font pas, cela paraît suspect et même pas acceptable dans certains cas. On s’étonne qu’ils n’aient pas répondu à un email ou à un message laissé sur leur boite vocal dans… la demie heure qui suit. Avec leur smartphone dans leur poche, ils n’ont plus d’excuses !

Densification et simultanéité

Les exigences accrues de profitabilité et de productivité se traduisent notamment par une intensification et une densification du travail. Là aussi, le smartphone participe du mouvement.

Quasiment plus aucun manager n’est en mesure de prendre connaissance et de répondre sérieusement à l’ensemble des emails qu’il reçoit. Il y passerait plus de temps qu’il n’en a. Du coup, il doit faire des impasses et gérer un certain nombre d’entre eux de manière dégradée (« quick and dirty », disent les anglo-saxons).

Mais avec son smartphone, il augmente mécaniquement la surface temporelle pendant laquelle il peut envoyer ou recevoir des emails (le même raisonnement vaut pour les coups de fil).  Il peut, par ailleurs, faire plusieurs choses en même temps, quitte à être parfois parfaitement impoli. Pendant les réunions, par exemple, on ne s’offusque même plus de voir les participants prendre connaissance de leurs emails, en envoyer ou encore prendre des appels (c’est à peine si celui qui veut en passer un s’excuse auprès des autres participants).

Surexposition et déprotection

Il y a encore quelques années, quand les managers ramenaient du travail à la maison, c’était toute une organisation : prendre des dossiers « papier », les transporter, les ranger soigneusement à la maison pour que les enfants ne mettent pas leur nez dedans,… Bref, il fallait avoir une vraie bonne raison (une présentation à faire en CODIR le lundi matin, une charrette sur un appel d’offre,…), cela résultait d’une décision intentionnelle encerclée de contraintes à surmonter.

Avec le smartphone, le « bureau » des managers, au moins pour sa partie dématérialisée, est… dans leur poche. Ils sont en mesure de travailler, presque aussi efficacement qu’assis dernière leur bureau, partout et n’importe quand. Le smartphone, en permettant aux managers de s’affranchir des frontières de l’entreprise, le dedans et le dehors, leur offre de nombreuses opportunités. Mais, dans le même temps, il fait voler en éclat les frontières entre vie professionnelle et  vie privée. Et là commence une autre histoire !

Une discipline personnelle

Les managers peuvent être sollicités autant le soir chez eux ou durant le week-end (moments où leurs collègues ou collaborateurs à l’autre bout de la planète sont au travail) que pendant les « heures de bureau ». Ils ont du mal à ne pas répondre, au moins à un certain nombre de ces sollicitations, y compris dans les moments de plus grande intimité. Pourquoi ? Parce qu’elles stimulent leur narcissisme (« Si on m’appelle à cette heure là, c’est que je suis vraiment important ») ou parce qu’ils se sentent obligés (« C’est mon boss. C’est un « travaillomane », il est névrosé, c’est vrai, mais je ne peux pas ne pas lui répondre »).

Du coup, s’ils ne veulent pas passer leur vie au travail, se préserver une vie familiale, c’est une vraie discipline personnelle qu’ils doivent s’imposer. Cela les oblige, d’une part, à un minimum de travail sur eux-mêmes pour se mettre des limites et, d’autre part, à savoir dire non pour mettre des limites à ceux qui en ont moins qu’eux.

 

8 COMMENTS

  1. Excellent article -qui à mon avis s’applique bien plus largement que la population des managers !-, merci beaucoup !

    En sens inverse, en tant que mère, j’ai bien apprécié que ma vie personnelle puisse aussi faire des intrusions dans ma vie pro -quand j’ai eu mon premier mobile après la naissance de mon ainée, j’étais très rassurée et soulagée que la nounou / le papa / la famille de garde partagée puissent me joindre à tout moment !

  2. @ Pascale : Merci de vos encouragements ! Vous avez tout à fait raison : le contenu de ce billet pourrait s’appliquer bien plus largement qu’aux seuls managers. Et je suis comme vous : j’apprécie que, grâce à mon smartphone, ma vie personnelle puisse aussi faire quelques intrusions dans la vie professionnelle.

  3. Merci pour ce billet qui pose l’état factuel de beaucoup de managers, mais il faut aussi prendre en compte que la gestion du temps, passe aussi par l’adaptation aux nouvelles technologie, sans pour autant en devenir dépendant, il suffit de programmer son utilisation à bon escient. Lorsque que l’on ne répond pas dans l’instantané, on montre aussi que l’on peut gérer les choses en fonction de ses disponibilités. Lors de réunion, l’arrêt des smartphones doit être de rigueur afin que la réunion soit optimale sauf si un appel capital doit être reçu, dans ce cas il est précisé en début de séance.
    Merci pour vos billets qui sont très percutant et amène chacun à réfléchir sur sa façon d’appréhender les situations.

  4. Bonjour, bel article. je rejoins le commentaire de Pascal : il ne se limite pas à la population des managers.
    il met en lumière l’importance du choix de chacun. rien n’oblige de répondre à des heures indues et la terre ne s’arrête pas de tourner si un mail ne trouve sa réponse que le lendemain…
    un petit truc en passant pour éviter d’être happé : je désactive le clignotement de la LED de notification sur mes mails pros. ça fait le plus grand bien 🙂

  5. @ Hervé : Merci de vos encouragements ! Vous avez raison. J’ai abordé la discipline personnelle dont le manager doit faire preuve. On peut (doit ?) travailler aussi sur le collectif, les règles de vie en groupe

  6. Bonjour,
    Depuis 2000, le temps s’accélère et se mondialise avec les moyens technologiques. Professionnellement, il est difficile pour un cadre de passer outre. On voit alors comment les individus gèrent leurs priorités …. Et lire des informations ne veut pas dire prendre des décisions à la hâte. Loin du bureau, cela permet aussi de prendre du recul.

LEAVE A REPLY