Structures hybrides ou structures matricielles ?

Structures hybrides ou structures matricielles ?

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Pour reprendre une expression maintenant consacrée : on est passé du monde du « OU » au monde du « ET » ! Cela veut concrètement dire qu’un nombre croissant d’entreprises, dans des secteurs d’activité de plus en plus variés, ne peuvent plus choisir entre les coûts et la différenciation, entre le local et le global, le court et le long terme, l’exploitation et l’innovation,…

Poursuivre plusieurs objectifs stratégiques simultanément sans pouvoir les hiérarchiser les uns aux autres se traduit, pour ces entreprises, par l’impossibilité de subordonner les logiques organisationnelles qui y correspondent.

Hiérarchisation des logiques organisationnelles

De tout temps, les entreprises ont adopté des structures issues de logiques organisationnelles différentes : fonctions, produits, clients, régions géographiques,… Mais elles les ont subordonnées les unes aux autres. A l’exemple de ce groupe agro-alimentaire qui a subordonné la logique fonctionnelle à la logique « pays », elle-même subordonnée à la logique produit (les pôles, premier niveau de division du travail / regroupement des activités, sont issus d’une logique divisionnelle par produits).

Ce qui change, quand on passe du monde du « OU » au monde du « ET », c’est que cette hiérarchisation n’est plus possible. Il faut faire cohabiter différentes logiques organisationnelles au même niveau. Deux options s’offrent alors aux entreprises.

Les structures hybrides

Dans une structure hybride, le premier niveau de division du travail / regroupement des activités résulte de logiques organisationnelles différentes : les directions fonctionnelles coexistent avec des directions divisionnelles, pouvant elles-mêmes être issues de différentes logiques organisationnelles (produits, clients ou régions).

Cette entreprise de télécommunications a mis en place deux Business Units, pour ses activités de R&D et de marketing, dans une logique organisationnelle par produits (les produits sont regroupés par technologies : transmission hertzienne (MTA) d’un côté, transmission de données (DAN) de l’autre), associée à une logique fonctionnelle pour ses activités de production (une direction de la production regroupe les deux usines) et de commercialisation (une même direction regroupe les ventes sur le territoire français (NSO) et les ventes à l’international (ISO)).

Les structures matricielles

La structure hybride fait coexister plusieurs logiques organisationnelles au même niveau, mais reste verticale. Les « silos » sont juste de nature différente. La structure matricielle, elle, fait cohabiter différentes logiques organisationnelles en les superposant les unes aux autres. Dans le cas d’une structure à deux dimensions, comme l’exemple de cette entreprise d’aéronautique, il y a une dimension verticale (issue d’une logique fonctionnelle) et une dimension horizontale (les programmes d’avions issus d’une logique par produits).

Contrairement à la structure hybride, la structure matricielle rompt avec le fameux principe de l’unicité hiérarchique, énoncé par Henri Fayol, il y a plus d’un siècle.

Centralisation Versus Décentralisation

Structures hybrides et structures matricielles ont un point commun : elles font cohabiter plusieurs logiques organisationnelles au même niveau. Mais, au-delà, elles présentent nombre de différences dont une au moins est fondamentale : les structures hybrides sont hyper-centralisées, là où les structures matricielles, pour fonctionner correctement, sont nécessairement décentralisées.

Les structures hybrides sont par nature hyper-centralisées. Pourquoi ? Parce que l’endroit où se font les arbitrages entre les différentes logiques organisationnelles se trouve au sommet de la hiérarchie. C’est le Directeur Général, dont les N-1 portent des logiques organisationnelles différentes, qui est seul en mesure de faire les arbitrages en fonction des circonstances et de la nature des problèmes rencontrés.

Dans les structures matricielles, au contraire, comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, les arbitrages se font d’abord par les unités opérationnelles, objets d’un double rattachement hiérarchique. C’est le pari : résoudre localement, de manière différenciée en fonction des caractéristiques des sous-environnements, les paradoxes et les contradictions que l’on n’a pas pu ou voulu résoudre au niveau global.

Changer de logique managériale

Mais, pour que ce principe devienne réalité, cela nécessite de changer de logique managériale. Dit autrement, et comme proposé dans un autre billet, cela nécessite de passer du « Report to » au « Support from ». Et c’est bien là que, en général, le bât blesse !

On comprend ainsi pourquoi nombre d’entreprises préfèrent adopter des structures hybrides plutôt que des structures matricielles. Le challenge managérial est moins ambitieux, les coûts de coordination plus faibles.

Mais la concentration de tous les pouvoirs au sommet de la hiérarchie que nécessite ce type de structures est-il toujours compatible aux exigences du monde complexe d’aujourd’hui ? Il me semble que la réponse est dans la question !

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