Le changement : un voyage émotionnel

Le changement : un voyage émotionnel

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En règle générale, un changement provoque des émotions positives et/ou négatives chez ceux qui le vivent. Il n’y a rien de plus normal, et de plus sein. C’est plutôt le fait de ne rien ressentir du tout, ce que Claude Steiner appelle l’engourdissement émotionnel, qui serait embêtant.

Emotions positives et négatives

Certaines études, celle conduite par Mc Kinsey par exemple, démontrent une forte corrélation entre émotions et réussite du changement : plus la proportion d’émotions positives est importante (l’enthousiasme, notamment), plus le changement a de chances de réussir, et inversement !

Dans une démarche de changement, les émotions négatives peuvent être de sérieux obstacles qu’il convient de savoir surmonter. A cet égard, la fameuse courbe du deuil, que l’on doit à Elisabeth Kübler-Ross, peut être très utile à condition de la simplifier et de la recentrer sur les émotions.

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Colère, peur et tristesse

Un changement peut provoquer de la :

  • Colère, en particulier quand il est vécu comme injuste ou quand il entre en contradiction avec nos valeurs ;
  • Peur, si je redoute de ne pas y arriver, si j’ai le sentiment que la montagne est trop haute à escalader et que, compte tenu de l’idée que je me fais de mes capacités, je suis persuadé de ne jamais parvenir au sommet ;
  • Tristesse, liée au fait de quitter la situation actuelle, à la perte des avantages qui y sont associés même quand ils sont largement compensés par ceux de la future situation.

Tout changement ne provoque pas systématiquement ces trois émotions négatives. Par ailleurs, chacun d’entre nous ne les gère pas de la même manière. Certains se mettent facilement en colère et ont du mal à canaliser ses manifestations, pendant que d’autres ont leurs batteries à plat particulièrement longtemps après une perte, même minime en apparence. D’autres, enfin, seront anxieux face à la moindre incertitude et il faudra une présence soutenue et un accompagnement de proximité pour les rassurer.

Un très bon baromètre

Mais ces émotions sont un très bon baromètre du degré d’acceptation d’un changement (au sens anglo-saxon du terme « acceptation », c’est-à-dire, non pas « être d’accord », mais « prendre acte de ») pour soi et pour les autres : si je suis triste, je suis plus proche d’accepter le changement que quand je me mets en colère.

En effet, chaque émotion remplit une ou plusieurs fonctions. La colère me prépare « au combat », impressionne et peut ainsi dissuader l’adversaire de m’attaquer. En me mettant en colère, j’ai encore la conviction, même inconsciente, que je peux empêcher le changement, que je peux l’écarter ou le repousser à plus tard. La peur me signale un danger potentiel. Elle me prépare à l’affronter, voire à fuir. J’ai donc renoncé à stopper le changement et, du coup, l’ai un peu plus accepté que quand il provoque de la colère.

Enfin, la tristesse m’aide à surmonter la douleur associée à une perte, éventuellement en attirant soutien et compassion. Si je n’ai pas encore complètement pris acte de la situation future, je sais que l’actuelle n’est plus et que je dois y renoncer.

10 COMMENTS

  1. Bonjour,
    Je viens de voir votre remarque quant aux changements et aux émotions qu’ils suscitent.
    Dans mon travail je fais le lien avec l’approche systémique et les différents systèmes auxquels nous appartenons (professionnel, familial, amical, environnemental).
    Cordialement
    Michelle Duhamel

  2. En réalité, les émotions négatives telles que la colère, la haine et la rancune sont comme un trou dans votre réservoir d’essence. Vous avez beau y ajouter du carburant, mais il y aura toujours une fuite importante. Et cette perte peut en ce sens vous coûter très cher.

  3. L’IMD pousse l’argument plus loin. Pour la réputée école de management vaudoise, apprendre n’est pas un pur processus cognitif. «Les émotions négatives, la fatigue, l’absence de stimulation sont autant d’obstacles à l’apprentissage, relève Michael Yaziji, directeur du Forum pour le développement durable à l’IMD. C’est pourquoi notre programme inclut chaque matin des sessions de yoga et de méditation.» Il en est convaincu, ces techniques améliorent fortement «la concentration et l’énergie des managers».

  4. Les recherches montrent que les émotions- positives comme l’enhousiasme et la joie, et négatives comme la tristesse, la peur et la colère – passent facilement d’une personne à l’autre souvent sans qu’elles le réalisent. La contagion émotionnelle se produit en quelques millisecondes selon Elaine Hatfield de l’université d’Hawaii et co-auteure du livre “Emotional Contagion”.

  5. Les sentiments de trahison et de colère peuvent finalement être importants : colère contre le fait que les décisions ont été prises dans son dos et que son sort ne pèse que bien peu dans la balance des intérêts. Peur, désarroi, colère, tristesse face à ce qui a été et ne sera plus… Toutes ces émotions habitent à des degrés divers les employés touchés par la réorganisation et absorbent une bonne part de leur énergie.

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