Questions de Management

Le blog d'Eric Delavallée

LE MANAGER IDEAL N'EXISTE PAS ! CELA NE DOIT PAS VOUS EMPECHER DE DEVENIR UN MANAGER.

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Transformation des organisations : principes de base

mai 17th, 2012 · Conduite du changement, Culture d'entreprise, Design organisationnel, Sociologie des organisations, Stratégie, Théories du management

Mes fonctions de dirigeant, comme directeur général du groupe de presse Le Particulier pendant 5 ans, ont profondément transformé le consultant en ingénierie du changement que je suis redevenu. Le fait d’être passé de l’autre côté du miroir et d’avoir profondément transformé une entreprise de l’intérieur a eu un impact substantiel sur la manière dont j’accompagne mes clients aujourd’hui.

Cela a modifié en profondeur ma compréhension de la transformation des organisations à la fois au niveau des principes base, des méthodologies et du rôle du consultant. Ce billet est consacré aux principes. Un deuxième suivra sur les méthodologies, un troisième sur le rôle et la valeur ajoutée du consultant en matière de transformation.

Changement et transition

En occident, et en France tout particulièrement, nous appréhendons le changement comme une rupture, comme le passage d’un état à un autre. Les organisations n’échappent pas à la règle ! Transformer une organisation, c’est d’abord changer son cadre organisationnel, un système composé de trois éléments : un projet stratégique (la détermination du but), une structure organisationnelle (la répartition des rôles) et un système de management (l’animation et la circulation de l’énergie).

Mais une organisation ne se réduit pas à son cadre organisationnel. C’est aussi un système social, c’est-à-dire un ensemble de personnes en interaction. A ce niveau-là, la face immergée de l’iceberg, il s’agit de créer une dynamique, de libérer une énergie, de produire un mouvement pour aller vers l’inconnu et le différent en surmontant les inerties de nature culturelle, politique et psychologique qui, immanquablement, ramèneront vers le connu et le semblable.  C’est la transition qui concerne plus le processus que le contenu et qui s’accompagne plus qu’elle ne se conduit.

Pour bien comprendre la distinction et la complémentarité entre changement et transition, j’emprunte une illustration à Karine Boullier, amie et ancienne collègue d’Entreprise & Personnel : quand on est passé du franc à l’euro, on a changé.   La transition sera terminée quand tout un chacun aura arrêté de convertir les euros en francs lors de ses achats.

Cette distinction entre changement et transition serait seulement théorique, et finalement peu intéressante, si, dans la pratique, la transition n’impactait pas le changement. Or, quand un changement échoue ou débouche sur des résultats décevants, c’est en général parce que la transition n’est pas allée à son terme et que, par un mouvement de balancier, elle a remis en cause tout ou partie du changement.

Un double tiraillement

Une transformation est toujours la résultante de deux forces opposées : l’une qui pousse vers l’avenir, le nouveau et l’inconnu ; l’autre qui tire vers le passé, l’ancien et le déjà vu. Comme un individu, quand une organisation se transforme, on ne peut pas faire fi de son histoire (et de ses histoires, grandes ou petites). C’est même tout l’intérêt de la notion de culture d’entreprise : nous faire prendre conscience du poids du passé sur le fonctionnement présent et sur l’éventail des options envisageables pour le futur. Dès lors, il est vain de nier l’existence de la culture. Le challenge consiste au contraire à l’accepter et à en faire un tremplin sur lequel prendre appui plutôt qu’un boulet à tirer.

Ces deux forces opposées expliquent la sensation que l’on a parfois d’avancer, puis de reculer. Ce sentiment est d’autant plus désagréable qu’on n’y est pas préparé et qu’on n’a pas conscience que ces mouvements en sens opposés sont  juste… normaux. Ils tiennent moins à un manque de compétences de celui ou de ceux qui pilotent qu’à la nature même du processus de transformation.

Une question de représentations

Tout changement consiste à quitter quelque chose de connu et de vécu pour autre chose, nécessairement partiellement inconnu et à construire ou en construction. On se représente cet « autre chose » à partir des informations à notre disposition et en fonction de la manière dont on les interprète. Au cœur d’une transformation, il y a donc la représentation que les parties prenantes se font du changement,  représentation qui se modifiera nécessairement au fur et à mesure du processus de transformation, ne serait-ce que parce que les informations sur « là où on va » et sur « comment on y va » ne cessent d’évoluer.

Or, en fonction de leur personnalité, de leur trajectoire personnelle et professionnelle, mais surtout en fonction de leur position dans l’organisation et de leur rôle dans le processus de transformation, les différentes parties prenantes n’ont pas toutes la même représentation du changement (à cet égard, la fable des aveugles et de l’éléphant est riche d’enseignements). Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas accès aux mêmes informations et ne les interprètent pas de la même manière.

Quand je suis acteur d’un changement organisationnel, et a fortiori quand je pilote une démarche de transformation, ce constat doit se traduire par ma capacité à accepter que : (1) il n’y a pas une représentation unique du changement et que, donc, il n’y a pas une Vérité, mais seulement des réalités différentes ; (2) les autres parties prenantes puissent avoir une représentation différente de la mienne, mais néanmoins légitime.

Le poids du contexte

La transformation s’enracine toujours dans un contexte social particulier. Or, le contexte du changement compte plus que son contenu. Cela explique pourquoi deux changements de contenu identique dans deux contextes différents peuvent nécessiter deux démarches de transformation complètement différentes. C’est parce qu’une transformation est plus complexe que compliquée (voir mon billet sur la différence entre complexe et compliqué) qu’elle est peu prédictible, mais surtout non reproductible.

Chaque démarche est donc contingente au contexte dans lequel elle s’inscrit. Cela doit nous mettre en garde contre les méthodologies mécaniques et  trop fermées qui gomment les particularités et les spécificités du contexte. Et au contraire, nous inviter à  faire preuve d’originalité, sachant que c’est la connaissance et la compréhension du contexte, social en particulier, qui rend « intelligent », qui donne des idées et qui, ce faisant, permet de sortir des sentiers battus.

Les « plans » sont faux, mais nécessaires

Une transformation est un projet qui comporte toujours une part d’indétermination. L’incertitude est consubstantielle à la transformation elle-même. Prévoir et d’anticiper est donc difficile, mais indispensable pour permettre aux parties prenantes de se projeter et, ce faisant, d’être acteurs de la transformation. C’est bien plus souvent l’incertitude que le changement lui-même qui génère de l’anxiété.

Il faut donc pouvoir dire où on va (au moins dans quelle direction) et comment on y va tout en sachant que, compte tenu du degré d’incertitude, il y a peu de chances qu’on réalise  ce qu’on a prévu. Conduire une transformation nécessite alors beaucoup de vigilance pour s’apercevoir le plus rapidement possible qu’on n’est plus dans les clous de ce qu’on avait imaginé, de la réactivité et de la souplesse pour s’adapter… tout en maintenant le cap pour ne pas perdre le sens.

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Organisation : la logique fonctionnelle

mai 8th, 2012 · Design organisationnel, Moyenne entreprise, Sociologie des organisations, Stratégie, Théories du management

Une organisation résulte de deux processus : la division du travail d’une part, la coordination des activités d’autre part. Ce faisant, il existe deux grandes logiques organisationnelles chacune caractérisées par un critère de division du travail différent : la logique fonctionnelle et la logique divisionnelle. Ce billet est consacré à la première, un autre suivra sur la seconde.

La fonction comme critère de division du travail

Dans la logique fonctionnelle, on regroupe dans une même unité organisationnelle (et, du même coup, on différencie les unités les unes des autres) les personnes qui font la même chose, qui remplissent la même fonction, qui exercent les mêmes activités.

Par exemple, une entreprise qui développe, fabrique et commercialise trois catégories de produits (A, B et C) s’organise selon la logique fonctionnelle si elle crée une direction du développement (dans laquelle sont réunies les personnes en charge du développement des produits A, B et C), une direction des fabrication et une direction commerciale.

Cette entreprise industrielle d’une centaine de personnes, qui produit des enveloppes de mise sous pli automatique et des sacs à soufflets, est organisée selon la logique fonctionnelle : la production d’un côté, directement rattachée au directeur général (ce qui témoigne de l’importance qu’elle accorde à cette fonction), le commercial et l’administration de l’autre sous la direction d’une directrice générale adjointe.

Des avantages et des inconvénients

La logique organisationnelle fonctionnelle permet les économies d’échelle (en production, mais pas seulement), réduit la duplication des fonctions, autorise une plus grande spécialisation technique et, enfin, favorise le développement de l’expertise et le partage des connaissances « techniques ».

En revanche, elle interdit la responsabilité globale (par exemple, dans le cas de l’entreprise présentée ci-dessus, seul le directeur général est responsable du compte d’exploitation). La logique fonctionnelle casse les processus « business » et ralentit les processus de décision (les personnes participant aux mêmes processus ne communiquent entre elles ni naturellement ni facilement).

Dans quels contextes la logique fonctionnelle est-elle pertinente ?

Selon le bon vieux principe de la contingence, aucune des deux logiques organisationnelles (fonctionnelle ou divisionnelle) n’est, dans l’absolu, meilleure que l’autre. Leur pertinence dépend des caractéristiques de la situation dans laquelle on se trouve. Dans quels contextes est-il donc le plus judicieux de recourir à la logique fonctionnelle ?

La logique fonctionnelle est avantageuse pour les entreprises (ou unités organisationnelles, c’est-à-dire sous-parties d’une entreprise ou d’une organisation) :

  • de petites tailles, mais surtout mono-activité (ce qui explique que la majorité des PME soient organisées de manière fonctionnelle) ;
  • qui cherchent à faire des économies d’échelle, notamment pour diminuer leurs coûts unitaires de production à travers des effets d’apprentissage quand les coûts sont au cœur de leur avantage concurrentiel (sur des marchés dit de volume, par exemple) ;
  • qui ont un important besoin d’expertise dans certaines fonctions (sur des niches ou sur des marchés où les barrières à l’entrée techniques sont très importantes) ;
  • dont les cycles de vie et de développement des produits sont suffisamment longs pour que le ralentissement des processus de décision structurellement généré par la logique fonctionnelle ne soit pas un handicap rédhibitoire, notamment au niveau du Time-to-Market.

Des attentes managériales spécifiques

Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, les organisations purement fonctionnelles sont rares. En revanche, dans la plupart des structures, il y a une part fonctionnelle. Comme je le précisais dans un billet précédent, les managers gagnent beaucoup à savoir la repérer parce que les attentes à leur égard et la manière dont leur performance est évaluée ne sont pas les mêmes que dans la logique divisionnelle aujourd’hui plus courante.

En effet, la logique divisionnelle permet d’affecter la responsabilité d’un résultat à une seule et même personne. Ce résultat, mesuré à l’aune d’un objectif, est au cœur de ce que les managers doivent produire. Dans la logique fonctionnelle, en revanche, les responsabilités sont éclatées. Du coup, la performance ne peut pas se mesurer à partir des seuls résultats produits. L’expertise technique, le mérite (c’est-à-dire les efforts fournis), la capacité à coopérer en transversal (la bonne volonté, donc !),… sont des critères qui seront plus couramment utiliser pour évaluer les managers.

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Vous avez dit leadership ou leader ?

mai 1st, 2012 · Conditions d'exercice du management, Conduite du changement, Développement des managers, Leadership, Théories du management

Le pouvoir statutaire, délégué au manager, n’est jamais suffisant. Il doit le compléter en développant son leadership. Cela en fait-il pour autant un leader ? Pas si sûr !

L’autorité statutaire déléguée n’est jamais suffisante

Un manager est responsable d’une performance en grande partie produite par d’autres personnes que lui, ses collaborateurs. C’est la raison pour laquelle l’institution qui l’a nommé alloue au manager, selon le principe dit de la parité, une autorité statutaire qui doit lui permettre de prendre ou de faire prendre les décisions relatives aux responsabilités qui lui ont été confiées.

Mais dans la « vraie vie », le principe de parité est rarement respecté. Dit autrement, l’autorité statutaire déléguée au manager est rarement suffisante pour porter les responsabilités qui lui ont été confiées. Il doit alors la compléter en développant son leadership, une forme d’autorité personnelle.

Le leadership du manager

Le leadership du manager, c’est sa capacité à mobiliser ses collaborateurs dans une direction donnée, c’est un pouvoir librement consenti. Contrairement au pouvoir statutaire, attaché à la fonction de management, le leadership est un pouvoir personnel, lié à la personne du manager et reconnu, non par l’institution, mais par ceux sur lesquels il l’exerce : ses collaborateurs. L’autorité statutaire vient du haut, le leadership du bas !

J’ai proposé dans un billet précédent de distinguer trois types de leadership différents et complémentaires : (1) le leadership charismatique (une présence, une parole incarnée) lié à des qualités intrinsèques (inspiration, confiance en soi, empathie et rayonnement) ; (2) le leadership technique (le manager fait autorité, est considéré comme une référence) lié à une expertise reconnue et au respect d’un système de valeurs associé à un métier ou à une discipline ; (3) le leadership managérial associé à la manière dont le manager exerce sa fonction et associé à sa capacité à répondre à certains besoins de ses collaborateurs et à créer et entretenir les conditions de la confiance.

Un cercle vertueux plutôt qu’un cercle vicieux

Le manager développera plus facilement son leadership managérial, lié à des savoir-faire et des savoir-être ancrés dans un quotidien, que les deux autres formes de leadership. Il cherchera surtout à créer les conditions d’un cercle vertueux entre pouvoir statutaire et pouvoir personnel de manière à ce que ces deux formes d’autorité se renforcent plus qu’elles se neutralisent.

Quand le responsable hiérarchique d’un manager constate que celui-ci jouit de l’admiration et du respect de ses collaborateurs, il est plus enclin à lui attribuer davantage de responsabilités et de pouvoir statutaire.

En même temps, quand les collaborateurs voient que leur manager a la confiance des échelons hiérarchiques supérieurs et qu’on lui confère plus de récompenses et de sanctions à distribuer, ils ont tendance à lui accorder plus de pouvoir personnel.

Développer son leadership n’est pas être un leader

Le manager peut et doit développer son leadership. C’est même vital pour pouvoir réellement exercer sa fonction de management pour laquelle le pouvoir statutaire déléguée n’est jamais suffisant. Mais peut-il devenir un leader ? Je ne le crois pas ! Pourquoi ?

Avoir du leadership ne suffit pas pour être un leader. Le manager éprouvera toutes les difficultés du monde à devenir un leader, moins en raison de ses qualités personnelles, qu’au regard de la manière dont il a été désigné. Il est nommé par une institution alors que le leader est coopté par ses pairs.

La difficulté du manager a devenir un leader est plus structurelle que personnelle

En effet, pour que le manager devienne un leader, il faudrait changer son mode de désignation : passer de la nomination à la cooptation. C’est le cas dans certaines entreprises (W.L. Gore, Whole Food,…), mais aussi dans des univers où la démocratie organisationnelle est beaucoup plus développée que dans les entreprises.

Dans les hôpitaux par exemple, le directeur général est nommé, le président de la CME (Commission Médicale d’Etablissement) est élu par ses pairs. Le second est ainsi beaucoup plus facilement un leader que le premier,… à condition bien sûr qu’il ait du leadership !

 

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