Questions de Management

Le blog d'Eric Delavallée

LE MANAGER IDEAL N'EXISTE PAS ! CELA NE DOIT PAS VOUS EMPECHER DE DEVENIR UN MANAGER.

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Inverser la pyramide hiérarchique n’est pas s’en affranchir !

janvier 25th, 2012 · Conditions d'exercice du management, Conduite du changement, Design organisationnel, Sociologie des organisations, Théories du management

Dans son ouvrage, « Employees First, Customers Second », Vineet Nayar, le PDG d’HCL Technologies, est avant-gardiste. J’en fais même un potentiel futur Henri Fayol (lire mon billet sur le sujet). Sa démonstration est dé-coiffante et brillante, à une exception près : vouloir renverser la pyramide hiérarchique n’est pas s’en affranchir complètement !

Penser autrement

Paul Watzlawick avait, en son temps, bien posé le problème. Il y a deux types de changements : (1) les changements de type 1 qui consistent à faire plus ou moins de la même chose ; (2) les changements de type 2 qui visent à faire autre chose.

La quête d’une alternative au modèle hiérarchique traditionnel s’inscrit nécessairement dans un changement de type 2. Or, vouloir inverser la pyramide hiérarchique, comme le fait Vineet Nayar, aussi louable soit-il, c’est toujours penser le management avec la même paire de lunettes, même chaussée à l’envers.

Chercher à faire l’inverse de la même chose n’est pas faire autre chose. Et c’est bien là que le bât blesse ! Pour penser le management autrement, c’est de l’image même de la pyramide dont il faut définitivement s’affranchir.

Une mosaïque d’équipes

Rensis Likert proposait de penser l’organisation comme un réseau maillé de managers appartenant à deux pyramides hiérarchiques différentes, ce que l’on appelle maintenant couramment la double appartenance du manager. Cette dernière explique à la fois :

  • la difficulté du rôle (le manager ne peut pas choisir son camp, il est nécessairement au carrefour de nombreux paradoxes et contradictions,…) ;
  • et sa latitude d’action (c’est, pour reprendre les termes de Michel Crozier et Erhard Friedberg, un marginal sécant qui maîtrise des zones d’incertitude, sources de pouvoir).

Je proposais dans un précédent billet d’appréhender une organisation plutôt comme une mosaïque d’équipes. Quelles différences cela fait-il ?

Une question de responsabilité qui change tout

Une équipe est un groupe de personnes qui produisent ensemble un résultat et en sont collectivement responsables. La rupture avec la pyramide hiérarchique, l’unité sous la responsabilité du manager, se situe non pas au niveau du « produire ensemble », mais au niveau du « être collectivement responsable ».

La différence fondamentale entre une pyramide hiérarchique et une équipe tient au fait que, dans une équipe, la responsabilité de la performance collective est collective alors que dans le modèle hiérarchique traditionnel la responsabilité de la performance collective est individuelle. Parmi les membres de l’équipe, il peut y avoir un animateur, mais il n’est en aucun cas responsable de la performance de l’équipe. Les membres de l’équipe sont coresponsables de sa performance. Et là, un océan s’ouvre à nous pour penser les choses autrement.

Une nouvelle paire de lunettes>

Le modèle hiérarchique traditionnel craque de toute part. Le coût, économique mais surtout social et psychologique, de son inadaptation est de plus en plus important, dans certains cas même exorbitant. Les pages des journaux sont remplies d’exemples. Mais il n’est pas encore suffisamment inadapté aux caractéristiques des environnements économique, technologique et sociologique des entreprises pour que ces dernières soient contraintes de s’en affranchir complètement et définitivement.

C’est la raison pour laquelle l’émergence d’alternatives tient aujourd’hui encore largement à la volonté d’une poignée de dirigeants avant-gardistes. Mais ces réalisations éparses, aussi louables et intéressantes soient-elles, ne feront un nouveau modèle, un nouveau paradigme organisationnel et managérial, qu’en s’inscrivant dans une représentation du monde différente. Bref, une paire de lunettes en rupture par rapport à celle des Taylor, Fayol ou Weber qui ont, chacun à leur manière, participé à formaliser le modèle hiérarchique traditionnel.

Alors débarrassons-nous une bonne fois pour toute de l’image de la pyramide et remplaçons là par… la notion d’équipe.

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Manager, une équation impossible ?

janvier 18th, 2012 · Conditions d'exercice du management, Développement des managers, Leadership

Dans un billet billet précédent, je proposais de considérer que les entreprises devaient faire face à deux choses contradictoires en même temps : développer l’autonomie et la coopération pour apprivoiser la complexité d’une part, renforcer le contrôle et l’intégration pour générer plus d’efficience dans l’utilisation de leurs ressources d’autre part.

Je poursuivais en constatant que les managers étaient au cœur de ce paradoxe. Ce nouveau billet revisite la même problématique, mais avec un éclairage différent et, du coup, complémentaire.

Deux logiques managériales

Dans un autre billet , je proposais de considérer que la relation entre un manager et ses collaborateurs n’était jamais univoque, mais toujours réciproque. Deux dimensions sont toujours présentes : « Report to » et « Support from ».

Le manager détermine les contributions attendues de la part de ses collaborateurs sous forme d’objectifs à atteindre ou de règles à appliquer. C’est la dimension « Report to » de la relation managériale. Les collaborateurs mettent en application les décisions prises (au mieux négociées) par leur manager et ont des comptes à leur rendre sur les résultats obtenus.

Mais, dans le même temps, le manager aide ses collaborateurs à résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés dans l’exercice de leur fonction, les aide à progresser, à s’épanouir dans leur travail. C’est la dimension « Support from » de la relation managériale. Le manager est là un facilitateur, un « grand frère »,… Il est plus au service de ses collaborateurs que le contraire.

4 manières d’exercer la fonction de management

En croisant les deux dimensions de la relation managériale et le degré d’investissement du manager dans chacune d’elles, on obtient quatre manières d’exercer la fonction de management :

  • Le laisser-faire (faible investissement et dans le « report to » et dans le « support from ») qui consiste à n’exercer la fonction de management qu’a minima ou pas du tout. Kurt Lewin avait bien montré que ce comportement managérial était moins efficace que tous les autres.
  • Le chef (fort investissement dans le « report to » et faible investissement dans le « support from ») qui correspond à la posture que le manager pouvait adopter quand l’autorité n’était pas encore en crise.
  • Le coach (faible investissement dans le « report to » et fort investissement dans le « support from »), qui trouve ses racines dans l’école des relations humaines et son aboutissement dans le manager-coach des années 1990.
  • Le manager actuel (fort investissement dans le « report to » et fort investissement dans le « support from »), qui, parce qu’au cœur du paradoxe évoqué en introduction, ne peut pas choisir entre les deux dimensions de la relation managériale. C’est du reste ce qu’exprime le passage du monde du OU au monde du ET.

Manager = chef + coach

Le manager d’aujourd’hui doit donc être à la fois un chef et un coach. On est alors mieux en mesure d’exprimer la nature du paradoxe au cœur duquel le manager se trouve aujourd’hui. En effet, le « report to » génère nécessairement de la méfiance entre collaborateur et manager alors que le « support from » nécessite de la confiance. Il faut que le collaborateur se sente suffisamment en confiance pour qu’il accepte de s’ouvrir et de faire part de ses problèmes à son manager. Sans quoi ce dernier ne peut pas être en situation de pouvoir le soutenir et l’accompagner.

Autonomie et coopération d’un côté, contrôle et intégration de l’autre, nécessitent que le manager soit capable de naviguer dans un contexte relationnel qui demande de la confiance, mais qui, en même temps, génère de la méfiance. Une équation impossible ?

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Ce que « Team-Based Organization » veut dire

janvier 10th, 2012 · Conduite du changement, Design organisationnel, Non classé, Stratégie, Théories du management

Des entreprises comme Google ou Whole Food, dont le système de management présente certaines caractéristiques en rupture par rapport au modèle dominant, sont organisées autour de la notion d’équipe. Ce sont des « Team-Based Organizations » (il n’y a, à ce jour, pas de véritable traduction française). Que recouvre cette notion, pas si nouvelle que cela ? Tour d’horizon !

Equipe ! Vous avez dit équipe ?

Une équipe est un groupe de personnes qui produisent ensemble un résultat et en sont collectivement responsables.

Un supermarché Whole Food est décomposé en 8 équipes (fruits et légumes, boulangerie, traiteur,…). Chaque équipe est un centre de profit à part entière et prend toutes les décisions opérationnelles la concernant : fixation des prix, commandes, affectation des personnes,…

À peu près la moitié des 10 000 salariés de Google, au moins tous ceux qui participent au développement des produits, travaillent dans une petite équipe de 3 personnes en moyenne.

Google et Whole Food sont des Team-Based Organizations parce que ces deux entreprises recourent à la notion d’équipe, non pas de manière périphérique, mais pour organiser les principaux processus au cœur de leur métier.

La team-Based Organization présente quatre différences fondamentales avec l’organisation hiérarchique traditionnelle

Subsidiarité plutôt que délégation

Une Team-Based Organization est basée sur le principe de subsidiarité là ou une organisation hiérarchique traditionnelle est basée, elle, sur le principe de la délégation.

Comme je le précisais dans un précédent billet, le principe de subsidiarité positionne le pouvoir de décision le plus près possible de l’action. Il s’agit d’attribuer chaque mission, activité ou responsabilité au niveau le mieux à même de l’exercer. Pour ce faire, on part du principe que l’équipe  a a priori le pouvoir de décider de tout à l’exception de ce qui relève des niveaux supérieurs.

C’est donc l’inverse du principe de délégation qui, lui, postule que le délégant, qui détient les pouvoirs, en transfert une partie au délégataire pour que ce dernier puisse prendre ou faire prendre les décisions nécessaires à la bonne réalisation de la mission ou de l’activité confiée.

Une responsabilité collective plutôt qu’individuelle

Dans une organisation hiérarchique traditionnelle, la responsabilité du résultat collectif est assumée par le manager. Il est le garant des résultats de l’unité placée sous sa responsabilité. Il est donc redevable de résultats en grande partie produits par d’autres que lui. C’est d’ailleurs au nom de cette responsabilité que l’institution lui délèguera une autorité. C’est ce qu’on appelle le principe de parité : l’autorité allouée au manager doit lui donner le pouvoir de prendre et/ou de faire prendre les décisions concernant les responsabilités qui lui sont attribuées.

Dans une Team-Based Organization, la responsabilité est collective. La performance n’est pas incarnée par une personne, le manager de l’organisation hiérarchique traditionnelle, qui en rend compte, mais par un collectif, l’équipe.

Des leaders plutôt que des managers

Même si la responsabilité est collective, au-delà d’une certaine taille et d’un certain niveau de complexité, une équipe a besoin d’un barreur, quelqu’un qui « fait faire » plutôt qu’il ne fait lui-même. Mais ce quelqu’un n’est pas en dehors de l’équipe, comme dans l’organisation hiérarchique traditionnelle, mais dans l’équipe.

Son pouvoir est moins institutionnel et attaché à sa fonction (voir mon billet sur le pouvoir statutaire) que reconnu par les membres de l’équipe et indissociable de sa personne (voir mes billets sur le pouvoir personnel, notamment celui-ci).

Bref, c’est bien plus un leader qu’un manager. Il est au service de l’équipe, et pas l’inverse. Dans une team-Based Organization, la relation « managériale » est faite plus de « Support from » que de « Report to » (voir mon article sur le sujet). Et du coup, il n’est pas nommé par l’institution, mais désigné par les membres de l’équipe eux-mêmes.

Un leadership partagé

De Fayol à Mintzberg en passant par Drucker, des pages entières ont été écrites sur l’impossibilité de partager la fonction de management. Un manager peut / doit déléguer, mais pas des activités / missions managériales. Pourquoi ? Justement pour une question de responsabilité.

Il n’en va plus de même au sein d’une équipe avec la fonction de leadership. La responsabilité étant collective, la fonction de leadership peut être bien plus facilement partagée que celle de management au sein d’une pyramide hiérarchique. Le rôle du leader évoqué dans le paragraphe précédent n’est pas d’assurer l’ensemble de la fonction de leadership à lui seul, mais sa coordination. C’est bien les membres de l’équipe qui le désigne après s’être prononcé sur les termes du partage de la fonction en son sein.

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